La grande révolte de 1641

Les Irlandais s'inquiétaient de voir passer toutes leurs terres aux anglais et de ne pouvoir pratiquer leur religion librement. Le pays était partout au bord de la révolte. Elle explosa en Ulster.

La récente reconnaissance de fait de l'Eglise presbytérienne d'Ecosse témoigna de la nécessité de se montrer intraitable si l'on souhaitait maintenir ses positions et obtenir des concessions. A l'instigation de ses seigneurs, l'Ulster se dressa contre la colonisation anglaise et la haine du bas-peuple transforma rapidement la rébellion en massacre sectaire. Deux à trois mille protestants furent ainsi assassinés, tandis que des milliers d'autres, dépossédés de leurs biens se virent contraints de fuir vers des lieux moins inhospitaliers.

La terreur s'empara alors de la communauté protestante, qui se tourna vers Londres, exagérant le récit des horreurs subies pour que les autorités intervinssent. L'action choisie ne prit pas la forme d'une intervention armée, que le royaume ne pouvait guère se permettre, mais du vote d'une loi, dite "des aventuriers", qui invitait toute personne intéressée à contribuer financièrement à la répression, en échange de l'octroi de terres rebelles. Les confiscations prévues concernaient toute l'Irlande, la rébellion s'étant étendue à toute l'île. Toutes les actions entreprises échouèrent et la rébellion se poursuivit et s'amplifia.

L'année 1642 consacra ainsi l'union des catholiques de tous bords dans la Confédération de Kilkenny et l'arrivée en Irlande d'Owen Roe O'Neill, déterminé à mettre sur pied une armée catholique d'Ulster. Malgré leur voeu pieux de combattre Pro deo, Pro Rege, Pro Patria Hibernia Unanimis, selon la formule qu'ils avaient retenue pour devise, les catholiques unis ne parvinrent pourtant jamais à l'union et jamais les Anglo-Irlandais n'acceptèrent qu'O'Neill dirige une armée commune : leurs intérêts à long terme allaient dans le sens d'une réconciliation avec l'Angleterre, par une reconquête gaélique définitive qui mettrait sans aucun doute en péril leur survie comme propriétaires terriens en Irlande.

La répression cromwellienne

La désunion allait mener les rebelles à la défaite finale, lorsque l'état de l'Angleterre donnerait à Oliver Cromwell le loisir de mener une expédition répressive dans l'île, entre 1649 et 1652. Animés par un zèle missionnaire, Cromwell et son armée engagèrent une guerre sans merci marquée par un excès dans la cruauté que l'intime conviction de combattre au nom de Dieu justifiait selon les critères de l'époque. Mettre un terme à l'anarchie qui régnait, poursuivre tout prêtre et déposséder tout propriétaire terrien qui avait participé à l'insurrection, lancer, enfin, un grand mouvement de conversion religieuse, tel étaient les objectifs d'un Cromwell dont les ambitions dépassaient ainsi largement le simple désir de venger le massacre de 1641. La résistance fut écrasée, et si l'on excepte les projets religieux qui ne purent finalement être réalisés, l'expédition anglaise peut être considérée comme une réussite totale.

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